Temps sombre

Il m’apparaît, dans nos sociétés, que l’humain doit de plus en plus se conformer à un monde technique, marchand et désincarné. Cette idéologie rationaliste, qui semble vouloir circonscrire nos vies presque à notre insu, est nourrie par une visée consumériste qui prétend que tout doit être contrôlable et contrôlé. Cela touche à toutes les sphères de nos vies, à notre tissu social et culturel autant qu’à notre intimité. Ce qui a pour conséquence de limiter l’expérience humaine, voire d’encadrer la créativité afin qu’elle ne dérange personne. Cette exposition interroge la notion de frontières entre l’espace intime, l’espace de création et le monde extérieur. Développant de nouvelles mises en situation, je consacre à ces questions un moment d’exploration et je crée in situ suivant diverses stratégies poétiques pour dialoguer avec le lieu que j’investis. J’y interroge des notions telles que l’usure, la disparition, l’incomplétude et l’obsolescence.

Temps sombre invite au partage d’expériences en convoquant une multitude de directions, de regards et de touchers. Une exposition est un espace de vulnérabilité et de défis où je veux surprendre et me surprendre. On y retrouve des interventions minimales, dessins au graphite, entailles, addition de couches de plâtre, de feuilles d'argent, une empreinte, etc. Chaque élément peut aussi être une maquette pour une réalisation de plus grande ampleur... dans un autre lieu. Le mot noir en verre rempli de graphite fait le lien ainsi que les urnes à pigment ponctuant le plancher... L'ensemble des éléments sont disposés relativement bas au mur, je pensais à "ses cous baissés" que l'on croise partout. Très petites et subtiles ces interventions sont difficiles à reproduire/à rendre, je préfèrerais ne pas devoir mettre d'images pour que la mémoire du spectateur curieux et attentif soit la seule trace valable...